Itinéraire de la crise 3/3

L'itinéraire de la crise

Le 13 novembre 2020, Urgence Convergence décide de se rendre dans les rues de Genève pour tourner des vidéos dans des lieux marquants pour la crise du Covid.

  • Point d’intérêt N°1: Les HUG
  • Point d’intérêt N°2:  Office des poursuites
  • Point d’intérêt N°3:  L’Usine
  • Point d’intérêt N°4:  Régie Pilet et Renaud
  • Point d’intérêt N°5: Caisse Cantonale de Chômage
Les vidéos et textes attachés se trouve ci-dessous, en trois parties, qui seront misent en ligne dans les trois premières semaines de décembre pour préparer la manifestation du 19 décembre 2020 organisée par le SIT.
 
Bonne lecture!

POINT D’INTÉRÊT N° 4
RÉGIE PILET ET RENAUD

Thème : Pour une politique du logement pour tout.e.s.

Depuis le début de l’années, des centaines de locataires à Genève sont menacé-e-s de tout perdre. Ce printemps, des locataires qui demandaient le soutien de l’ASLOCA indiquaient qu’elles et ils devaient vendre des habits et des jouets de leurs enfants pour couvrir leurs besoins fondamentaux.

La situation n’est de loin pas meilleure cet automne, après huit mois de crise sociale et économiques. Une partie des ménages a épuisé ses réserves et n’a plus rien pour passer cette deuxième vague de COVID-19.

Fautes d’aides suffisantes, ces travailleur-euse-s, petit-e-s indépendant-e-s sont contraint-e-s – quand elles et ils le peuvent – de s’exposer au risque de tomber malade et de contaminer leurs proches vulnérables. Elles et ils savent en effet que si elles et s’ils arrêtent de travailler, c’est leur gagne-pain et leur toit qui sont en jeu.

La crise du logement et la spéculation frappent le canton de Genève puis deux décennies. La crise du COVID-19 a aggravé la situation. Des locataires sont à la merci de leurs bailleurs, pour gagner leur vie ou pour leur toit. La majorité des habitant-e-s et des petit-e-s commerçant-e-s sont locataires.

Les milieux immobiliers refusent d’accorder des droits supplémentaires aux locataires. Ils combattent même la solution très modeste du Parlement fédéral qui veut que les locataires doivent payer 40% du loyer, pour deux mois, en faveur des seuls commerces qui ont dû fermer ce printemps.

A Genève, conscients des conséquences politiques et économiques de la crise pour certains bailleurs de locaux commerciaux, les milieux immobiliers ont accepté de conclure des accords avec l’ASLOCA pour aider des petit-e-s commerçant-e-s frappé-e-s directement et indirectement par les mesures sanitaires. 5896 petit-e-s commerçant-e-s ont pu être aidé-e-s ce printemps et pourront l’être à nouveau et de manière plus étendue, en novembre et en décembre, si le Grand Conseil valide le résultat de ces négociations.

Les milieux immobiliers combattent toutes revendications en faveur de mesures pour aider les locataires de logements, tandis que le Conseil d’Etat fait la sourde oreille. Or, comment un-e petit-e-s indépendant-e-s, qui ne parviendrait plus à payer le loyer de son local commercial, pourrait-elle/il payer le loyer de son appartement ?

L’accaparement privée de la rente foncière pèse lourdement sur la population.

Pour défendre leurs intérêts, les locataires doivent dans l’immédiat poser des revendications qui aient des chances d’aboutir, comme les accords dits « Vesta » conclus par l’ASLOCA.

L’Etat et les communes doivent aussi immédiatement mettre à disposition leurs logements vacants et ceux des fondations publiques, pour accueillir les personnes évacuées. Selon des estimations faites par les services sociaux, plus de 200 personnes sont à la rue aujourd’hui. De même, comme l’ASLOCA l’a demandé le 2 novembre, les évacuations doivent être suspendues.

Pour éviter les résiliations de bail, les collectivités publiques doivent octroyer des prêts ou des subventions pour celles et ceux qui ne pourraient plus payer leurs loyers et qui sont menacé-e-s d’une résiliation de leur bail pour défaut de paiement (cf. PL 12798). Cet argent doit être mis à disposition des personnes qui le requièrent à très bref délai, pour que le et les loyers en retard puissent être acquittés dans le délai de 30 jours prévus par la loi. Ces locataires devraient payer avec des réserves, pour être ensuite en mesure de solliciter les réductions de loyers auxquelles elles et ils pourraient juridiquement prétendre.

A moyen terme, le droit du bail doit être renforcé, en particulier la protection contre les loyers abusifs. Les baux résiliés pour défaut de paiement devraient pouvoir être remis en vigueur après un « délai d’épreuve » (initiative parlementaire fédérale 20.419).

Les attaques des milieux immobiliers contre la protection existante doivent en outre être combattues. Il s’agit des propositions Feller et Nantermod (initiatives parlementaires fédérales 17.491, 17.514, 17.515), qui réduisent fortement la possibilité de contester les loyers abusifs et permettraient aux bailleurs d’augmenter leurs rendements.

En parallèle, une politique publique d’envergure doit être menée en faveur des coopératives de locataires. Celles-ci offrent une excellente protection contre les congés. A cette fin, l’Etat et les communes doivent mener, en faveur des coopératives et des autres bailleurs sans but lucratif (MOUP), une politique d’acquisition foncière.

Les fondations de prévoyance professionnelle doivent également être privilégiées. En visant des rendements stables sur le long terme, leurs locataires sont moins exposé-e-s aux risques de congés. Les rendements locatifs de ces bailleresses sont souvent moins élevés que ceux poursuivis par d’autres propriétaires. Il est également préférable que les rendements obtenus des locataires servent à payer des retraites plutôt que des dividendes à des actionnaires. Cette question est particulièrement d’actualité au moment où le patronat et ses représentant-e-s politiques cherchent scandaleusement à augmenter l’âge de la retraite des femmes et des travailleur-euse-s précaires et/ou à faibles revenus.


Christian Dandrès, ASLOCA, Conseiller national PS, le 13 novembre 2020

POINT D’INTÉRÊT N° 5
OFFICE CANTONAL DE L'EMPLOI

Thème : contre le chômage et l’appauvrissement de larges couches de la population, pour amorcer l’urgente transition vers une société plus juste, plus écologique, plus féministe, Urgence Convergences préconise des politiques volontaristes de création d’emplois et de véritables plans de reconversion économique et de formation.

Les politiques actuelles aggravent la crise écologique et sociale

Entre les aides de la Confédération et celles des Cantons, des milliards qui sont mis à disposition des entreprises sous diverses formes (RHT, crédits, baux commerciaux, renoncement à des taxes, prêts sans intérêt, compléments RHT pour fonctions dirigeantes, etc). Depuis le mois de mars, les aides cantonales à Genève avoisinent déjà les 300 millions de francs. Ces aides, et celles à venir, sont nécessaires, mais pas sans contre-partie.
Dans l’immédiat, pour tenir compte des besoins de la majorité de la population, les syndicats se battent pour conditionner les aides aux entreprises aux contre-parties suivantes :

  • pas de distribution de dividendes aux actionnaires
  • pas de licenciement du personnel
  • pas de réduction de salaire
  • versement à 100% du salaire si l’entreprise est au bénéfice des RHT
  • soumission à un plan de réduction du CO2
  • respect des conditions de travail, notamment du salaire minimum légal entré en vigueur le 1er novembre 2020
  • respect de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes

Sortir de la crise par le haut par la création d’emploi sanitaires, sociaux et écologiques
Parce que les effets de la crise seront durables, et parce que la relance doit servir les besoins de la population et de la transition écologique, c’est d’une politique tournée vers l’avenir- et de création d’emploi-dont nous avons besoin.

Création d’emploi sanitaires et sociaux

La crise sanitaire a mis en évidence les difficultés déjà existantes dans la prise en charge des malades, des personnes âgées, des enfants, des personnes handicapées, avec un report de charge principalement sur les femmes. La création de milliers d’emplois dans les hôpitaux, les EMS, le maintien à domicile, les crèches, les institutions pour personnes handicapées est plus que jamais une nécessité impérative.

Création d’emplois écologiques

Des milliers d’emplois, dans la conception, la production, la maintenance, la surveillance, le conseil, l’expertise peuvent et doivent être créés dans les secteurs décisifs pour la transition écologique. À Genève, des politiques d’incitation et d’investissement ainsi que les aides aux entreprises devraient se tourner vers les actions urgentes et indispensables pour réduire l’impact du canton sur l’environnement : la rénovation thermique de bâtiments publics et privés, le développement des transports publics, des énergies renouvelables t de l’agriculture de proximité.

Plans de reconversion économique et formation

Ce n’est pas aux salarié-e-s des branches en déclin -par exemple l’aéroport de Genève et l’hôtellerie- de payer les effets de la crise et le tournant vers les emplois écologiques. Il est nécessaire d’anticiper plutôt que d’attendre que les licenciements perlés se transforment en licenciements économiques massifs et faillites, conduisant à l’appauvrissement de la population. De véritables plans de reconversion économique et professionnelle doivent être lancés pour ces secteurs en déclin et ceux à venir, en parallèle de la création d’emplois écologiques, sanitaires et sociaux. Ces plans doivent pouvoir permettre aux personnes menacées de perdre leur emplois ou déjà sans emploi d’effectuer une reconversion professionnelle complète ou une formation qualifiante reconnue, avec maintien du salaire et une prise en charge des enfants, afin d’accompagner cette transformation économique et sociale vers un emploi stable, socialement utile et écologiquement nécessaire.

Relocalisation

Parce que la crise sanitaire a montré que la délocalisation orchestrée par le néo-libéralisme met en danger l’approvisionnement de la population en produits de première nécessité, il convient d’en tirer la leçon et promouvoir la création et le développement d’industries locales capables de produire le matériel et les produits nécessaires aux besoins d’urgences (matériel médical, médicaments, etc).

Réduire la durée du travail

La crise risque d’être le prétexte pour une ultérieure flexibilisation et ubérisation du travail. Alors que la durée du travail en Suisse est une des plus longue d’Europe, et contribue aux maladies professionnelles, au burn-out et au bore-out en forte augmentation, pour partager l’emploi et pour un meilleur partage des tâches éducatives et domestiques, c’est le contraire qu’il s’agit de préconiser. Il faut réduire la durée hebdomadaire du travail à 32 heures, sans réduction de salaire.

Pour sortir de la crise par le haut, il est urgent de faire converger ensemble les luttes !

Manuela Cattani, co-secrétaire générale SIT

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *