Itinéraire de la crise 1/3

Sur les chemins de la crise...

Depuis des mois, crise sanitaire et crise économique font la paire pour imposer  souffrances et misère  à une part croissante de la population.

Les hospitalisations, les quarantaines, la surcharge de travail et les dangers de contaminations auxquels sont exposés les personnels des hôpitaux comme celui des services sociaux ou des grands magasins, la très grande difficulté des petites entreprises locales et des indépendants, ne sont pas la seule expression de cette crise. L’isolement social, l’appauvrissement culturel. le chômage, l’accroissement de la précarité des plus vulnérables et touchant particulièrement les femmes, les baisses brutales des revenus, l’endettement généralisé et les faillites en chaînes en sont une autre.

Conséquences des baisses de revenus, les expulsions de locataires dans l’impossibilité de payer les loyers explosent, de plus en plus de gens sont exclus de l’accès aux soins, car ils ont dû opter pour des franchises élevées afin d’abaisser le montant de leurs cotisations, nombre de jeunes ne peuvent plus financer leurs études…

Les mises aux poursuites se multiplient, des milliers de personnes en sont réduites à recourir aux distributions publiques de nourriture, retrouver un travail pour les personnes au chômage devient presque impossible, tandis que  de plus en plus de petits commerçants, artisans, restaurateurs sont confrontés à la faillite…

… pour en sortir par le haut !

Reconnaître l’ampleur de la crise ne signifie nullement l’accepter. Nous voulons au contraire qu’elle soit une opportunité pour réparer les dégâts écologiques et sociaux d’un modèle économique qui a démontré sa faillite. Au moment où certaines grandes banques et entreprises annoncent des bénéfices qui explosent et versent de juteux dividendes, au moment où les inégalités se creusent, la richesse produite doit être mise au service de la transition écologique et sociale, féministe et antiraciste.

Si l’Etat soutenait la population et l’ensemble de l’économie avec la même générosité qu’il a démontrée en d’autres temps envers les banques, et qu’il démontre aujourd’hui envers l’aviation civile, la  situation économique de toutes et tous se porterait mieux et l’épidémie pourrait être bien mieux gérée. Mais en l’état, les politiques proposées aggravent la crise écologique et sociale :  baisses des salaires, licenciements massifs, atteintes aux droits du travail et aux droits démocratiques, diminution des services publics, refinancement de grands projets inutiles, et une austérité budgétaire programmée qui, en période de crise, ne fera que la prolonger.

Il faut au contraire une politique volontariste d’incitations et d’investissements, de véritables plans de reconversion économique, de créations d’emplois  et de formation pour relancer et soutenir une économie plus « locale », développer les circuits-courts et les services publics et amorcer ainsi l’urgente transition vers une société durable, solidaire,  post-spéculative, post-carbone et égalitaire et féministe. Les mécanismes de crédit et une fiscalité plus juste doivent la financer.

Commençons par exiger des mesures d’urgence pour protéger toutes les personnes dont les moyens d’existence ont été frappés par la crise, et garantissons un toit, l’accès à la santé et à la culture, des prestations publiques et les moyens d’existence à toutes et tous. Pour y parvenir unissons-nous pour sortir de cette crise par le haut !

Urgence convergences, 13 novembre 2020

POINT D’INTÉRÊT N° 1
HÔPITAUX UNIVERSITAIRES DE GENÈVE

Thème : Derrière chaque soignant et soignante qui dénonce le mépris des autorités il y a des patient-es  qui n’ont pas les soins et les égards en suffisance dont ils et elles ont besoin et qu’ils et elles méritent.

La crise sanitaire rend visible l’effet néfaste des politiques adoptées depuis 20 ans. C’est-à-dire, bien sûr, le choix national de modifier le financement des hôpitaux en adoptant le financement par cas ou SwissDRG qui a favorisé les grands lobbies des caisses maladie et les cliniques privées et qui a projeté les hôpitaux publics dans un cercle vicieux et infernal de mise en concurrence c’est-à-dire de toujours faire plus avec moins !

Les plans d’économie qui se sont alors succédés aux HUG : le fameux plan Victoria d’abord, puis le plan Performance entre autres, ont eu des graves conséquences sur la santé du personnel et sur les soins prodigués aux patients car ces plans ont supprimé énormément de postes qui nous font cruellement défaut aujourd’hui ! Jusqu’à 1000 collaborateurs de plus auraient dû être présents durant cette crise !

Et pour couronner le tout le dernier programme de Lean Management mis en place actuellement qui est une fable pour soit disant donner plus de temps aux patients et qui est en fait un moyen de faire des économies et de monter le niveau de pression sur le personnel. Il n’est donc pas surprenant dans ce temps de crise majeur que celui-ci craque, pleure, tombe malade.

Nous sommes à l’hôpital en sous-effectif depuis des années, preuve en est que la direction des HUG implore avec raison, de l’aide actuellement. Mais n’oublions pas qu’Ils sont aussi responsables avec les autorités cantonales de ces plans d’économie qu’ils ont fait subir au personnel et donc aux patients.

A multiples reprises, notre syndicat a dénoncé dans la presse cet état de fait. Il a demandé à la Direction et au Conseil d’Etat de revoir leur copie car nous savions et savons que la Santé est un service public qui ne peut être utilisé comme une marchandise, comme bien d’autres services publics l’éducation, le social, la sécurité, la culture, entre autres.

Les patients ne peuvent être considérés comme des objets sur une chaîne de production.

Lors de chaque plan, la suppression des postes se fait par des méthodes abusives. Sans compter les carrières courtes du personnel à horaires irréguliers qui ne peut plus parvenir à concilier la vie professionnelle et familiale car il y a trop de souffrance et les plans retraite pernicieux qui accélèrent le départ des employées avec la volonté de ne pas les remplacer.

Et maintenant le coup de massue sur les salaires qui pour les syndicats est une bataille contre l’indécence de faire payer la crise aux services publics pour ne pas froisser les riches milliardaires de la place.

Enfin, nous dénonçons l’utilisation de méthodes abusives d’évaluation des compétences du personnel avec des critères qui sont choisis pour faire pression sur ses sentiments en essayant de l’obliger à se croire dans « monde imaginaire idéal, dans lequel la performance et l’excellence n’auraient pas de limite »* afin de le persuader qu’il est lui responsable de ne pas parvenir à faire plus avec moins. Ces critères d’évaluation et les soit disantes valeurs décrites dans le livre publié par les HUG en 2019 dont le titre est « Plus de temps pour les patients, une approche de Lean Management dans les soins » sont scandaleux !

Derrière chaque soignant et soignante qui dénonce le mépris des autorités, il y a des patients et des patientes qui n’ont pas les soins et les égards en suffisance dont ils ont besoin et qu’ils et elles méritent.

Pour le SSP/Vpod , le 13.11.2020
Laurence Delpech

* V De Gaulejac et F Hanique : livre « le capitalisme paradoxant, un système qui rend fou »