Itinéraire de la crise 2/3

L'itinéraire de la crise

Le 13 novembre 2020, Urgence Convergence décide de se rendre dans les rues de Genève pour tourner des vidéos dans des lieux marquants pour la crise du Covid.

  • Point d’intérêt N°1: Les HUG
  • Point d’intérêt N°2:  Office des poursuites
  • Point d’intérêt N°3:  L’Usine
  • Point d’intérêt N°4:  Régie Pilet et Renaud
  • Point d’intérêt N°5: Caisse Cantonale de Chômage
Les vidéos et textes attachés se trouve ci-dessous, en trois parties, qui seront misent en ligne dans les trois premières semaines de décembre pour préparer la manifestation du 19 décembre 2020 organisée par le SIT.
 
Bonne lecture!

POINT D’INTÉRÊT N° 2
OFFICE DES POURSUITES

Thème : Pour une politique de soutien économique à ceux qui ne s’en sorte plus financièrement face à la crise

Aujourd’hui, une délégation des groupes engagés dans la dynamique « Urgence- Convergence » est rassemblée devant l’office des poursuites et faillites car celui-ci est particulièrement emblématique des effets délétères de la crise majeure que nous connaissons actuellement sur les plans sanitaire, économique et social. Cette démarche s’inscrit dans un panel d’actions visant à suivre « l’itinéraire de la crise » pour mieux la dénoncer et appeler à l’action collective pour en sortir par le haut.

Les mesures sanitaires prises pour tenter d’endiguer le développement de la pandémie de la Covid 19 ont eu un impact particulièrement ravageur sur la situation économique et sociale de notre canton. L’explosion de sa seconde vague viendra en alourdir encore le bilan dans les mois qui viennent.

Les mesures liées aux semi-confinement et à la suspension des activités non prioritaires ont exacerbé le creusement ambiant des inégalités. La suspension des activités économiques ont conduit à la mise en difficulté de nombreuses entreprises, nombre de celles-ci seront contraintes de mettre la clé sous la porte. Elles ont conduit à une augmentation drastique du chômage et des réduction d’horaires de travail, avec leur cortège d’insécurité et de réductions de salaires pour les travailleur.euse.s. Elles ont provoqué des suppressions immédiates d’emploi notamment pour les travailleurs.euse.s au statut de travail précaires. Partant, les revenus de tous et toutes ont été soit singulièrement abaissés, soit simplement supprimés du jour au lendemain ; contraignant un grand nombre d’entre eux.elles à réduire sévèrement leurs dépenses, voire pour un nombre croissant d’entre eux-elles en les contraignant à s’endetter pour faire face à leurs charges.

Actuellement de nombreuses personnes ne parviennent plus à payer leur loyer et risquent de voir leurs baux résiliés, d’autre accumulent des dettes qui non seulement grèvent leurs budgets, mais les entrainent inexorablement dans la spirale de l’endettement ; compromettant ainsi durablement leur situation financière et générant un contexte d’insécurité et de pauvreté qui constituera leur seul horizon à moyen ou long terme.

Si nous manifestons ce jour devant cet office des poursuites, c’est pour exprimer tous ensemble notre conviction que la résignation n’est pas de mise et que nous revendiquons des mesures immédiates de protection des travailleur.euse.s. contre les licenciements. Nous revendiquons des compensations intégrales des ressources perdues et des créations d’emplois d’utilité sociale et écologique afin de favoriser les reclassements professionnels qui s’imposent.

POINT D’INTÉRÊT N° 3
L'USINE

Thème : Pour une aide urgente et à la hauteur de l’importance de la culture.

En ces temps troublants et troublés, dans cette crise inédite, en vagues successives, qui dure (et risque de durer encore), on a entendu et on entend tant de choses. On parle beaucoup… Économie. On parle moins… Culture. Trop peu, bien trop peu !

On dit «sans économie, le Monde s’effondrera». Le Monde ? On a tant évoqué en cette première vague la nécessité de le changer, ce Monde. Le changer ? Vraiment ? Oui, mais pour lequel ? Un Monde meilleur, plus responsable, plus juste, plus équitable ? Non, ce serait trop compliqué, remettrait en cause les fondements même de notre Société et les avantages de celles et ceux qu’elle privilégie. Alors, on a vite oublié. Et le vieux Monde, re-lifté, a repris toute la place, laissant errer au bord de ses routes prioritaires celles et ceux qui à chaque occasion sont négligé-e-s, maltraité-e-s, oublié-e-s.

Parmi elles et eux, la Culture, ma plus belle parure. Sans elle, je me sens comme dépouillée de mon intime identité et du sens même de mon existence.
Que serait le Monde sans artistes, sans espaces culturels pour les rendre visibles, sans tou-te-s les travailleuses et travailleurs qui oeuvrent en coulisse pour les faire exister ?

Les temps sont rudes, la peur légitime de celles et ceux qui risquent de glisser dans la précarité est partout. Panique, tristesse, désarroi, colère, tout se mélange. Ici et là, on entend des voix, des plaintes, des gémissements.

Mais pas ceux de la Culture, car ce n’est pas ce son-là qui sort de sa gorge, de ses poumons, de tout son être. Elle ne demande pas la charité.

Ce qu’elle demande ? Qu’on la considère à sa juste valeur, qu’on reconnaisse ses particularités. Qu’on cesse de l’offenser en la considérant exclusivement comme une vague distraction. Car elle est bien plus que cela. Et qu’on l’accompagne à la hauteur de son engagement, de ses savoir-faire et compétences.

Elle l’équilibriste qui, sans perdre courage, jongle depuis des mois entre annulations, reprogrammations, ré- annulations, une fois, deux fois, trois fois, à l’instar d’une Pénélope qui retisserait inlassablement la même tapisserie sans savoir si – et quand – celle-ci pourra quitter son atelier pour paraître au grand jour. Des projets disparaissent, peut-être à jamais, qui interrogent, suscitent émotions et réflexions sur ce qui fait la nature humaine, dévoilent et mettent en scène le pire comme le meilleur.

Chez Elle, pas de «take away» de «passez votre commande et venez chercher, faites vous livrer». Parce que sa matière première c’est avant tout la chair, le vivant, l’éphémère.

Les artistes devraient-ils se recycler et changer de métier au lieu de se plaindre (comme semble le suggérer, parmi d’autres, un membre du gouvernement de Boris Johnson) ? La Culture devrait-elle se ré-inventer ?

Mais de qui se moque-t-on. Comme si la Culture avait attendu cette pandémie pour se ré-inventer. Elle qui depuis la nuit des temps revisite les codes, s’adapte contre vents et marées à des conditions de plus en plus rudes, redessine indéfiniment des sentiers de traverse à travers les broussailles et les ronces, débroussaille, défriche, traverse les murs invisibles qui se dressent, se multiplient et entravent son chemin. Elle qui, en toute responsabilité, consciente qu’il n’était et n’est toujours pas possible de recevoir ses publics sans tenir compte de cette situation particulière et inédite, a rapidement mis en place – et souvent de sa propre initiative – les conditions adéquates pour pouvoir se produire en jauges réduites et installations inédites, bénévolement ou non, à perte et sans se soucier d’une quelconque rentabilité.

Aujourd’hui, des voix s’élèvent, comme celles, entre-autres, du Grand Conseil de la Nuit, d’Actions Intermittence, de la Culture Lutte, de compagnies et associations, d’espaces culturels et festifs et… d’artistes. À leurs voix, je joins la mienne et, comme je l’ai dit à plusieurs reprises dans d’autres crises, je redis ici :
Une Ville sans Culture ouvre grandes ses portes à l’ignorance et à la violence.

Contribution de Greta Gratos